Commandement ou identité ? Ce que Jean 15:12 change vraiment pour nous

En méditant sur Jean 15:12, j’ai réalisé quelque chose de crucial : Dieu donne une identité avant de donner un commandement.

Jésus dit à ses disciples :

“Voici mon commandement : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.” Jean 15:12

Pense à cela un instant.

Jésus ne dit pas seulement : “Aimez-vous les uns les autres.” Il dit : “Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.”

Autrement dit, en français facile : je vous ai aimés. Maintenant, reproduisez cet amour entre vous.

Et cette phrase m’enseigne quelque chose sur Dieu, sur l’Évangile, sur l’obéissance chrétienne et surtout sur notre identité en Christ. Nous lisons parfois les commandements de Dieu comme s’ils étaient d’abord des règles à appliquer. Pourtant, dans Jean 15, Jésus commence ailleurs : par la relation, l’identité et l’amour reçu.

Avant le commandement, la relation

Je veux commencer par une réalité importante : Dieu ne parle pas avec tout le monde de la même manière.

Je t’entends déjà : “Mais Rachel, s’il ne parle pas à ceux avec qui il n’a pas de relation, comment fait-il pour les gagner à lui ?”

Question légitime, mais ce n’est pas mon propos ici.

Dieu parle à qui il veut, parce qu’il est Dieu. Il dirige la terre. Il peut avertir, exhorter, appeler, juger qui il veut. Mais il ne parle pas avec tout le monde comme on parle à un ami, à un conjoint ou à un enfant. Il ne partage pas son intimité, son conseil, son instruction d’alliance avec ceux qui n’ont aucun égard pour lui, qui ne le reconnaissent pas comme Dieu et qui ne le craignent pas.

Dieu aime le monde. Il veut que tous soient sauvés. Il envoie les siens vers ceux qui ne le connaissent pas. Mais il ne partage pas sa relation d’alliance avec tout le monde.

Et c’est précisément ce que nous voyons dans Jean 15.

Avant de dire à ses disciples : “Aimez-vous les uns les autres”, Jésus commence le chapitre ainsi :

“Je suis le vrai cep, et mon Père est le vigneron.” Jean 15:1

Puis :

“Je suis le cep, vous êtes les sarments.” Jean 15:5

Le mouvement est simple : Jésus leur dit qui il est, qui est le Père et qui eux-mêmes sont par rapport à lui. Il ne leur demande encore rien. Il leur donne d’abord une identité.

Puis, quelques versets plus loin, il ajoute :

“Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour.” Jean 15:9

Encore une fois, avant de leur demander d’aimer, il leur rappelle qu’ils sont aimés. Et là, on voit apparaître un mouvement très beau : le Père aime le Fils, le Fils aime ses disciples comme le Père l’aime, et les disciples doivent à leur tour s’aimer entre eux comme ils ont été aimés par Jésus.

Ils ne produisent donc pas cet amour à partir d’eux-mêmes.

Ils le reçoivent, puis ils le prolongent.

Dieu fonctionne ainsi depuis le commencement

Si tu crois que Jésus invente quelque chose de nouveau dans Jean 15, il faut relire un peu plus attentivement l’histoire biblique.

Dieu ne donne pas la Loi à un peuple étranger. Il appelle un homme, lui fait une promesse, conserve cette promesse au fil des générations, forme un peuple, lui donne une identité, un nom, une histoire, une appartenance, puis le délivre. Et ensuite seulement, il lui donne ses commandements.

Regarde comment commencent les Dix Commandements :

“Je suis l’Éternel, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude.” Exode 20:2

Avant :

“Tu n’auras pas d’autres dieux devant ma face…”

il y a :

“Je suis l’Éternel, ton Dieu.”

L’ordre est clair : identité, relation, puis commandement.

Dieu établit d’abord qui il est pour eux et qui ils sont pour lui. Ensuite, il leur donne les termes selon lesquels cette relation doit être vécue. Ce n’est donc pas le commandement qui établit la relation. Le commandement vient définir comment la relation fonctionne, ses limites, ses enjeux et la manière dont elle se vit.

Le psalmiste exprime quelque chose de similaire :

“L’amitié de l’Éternel est pour ceux qui le craignent, et son alliance leur donne instruction.” Psaume 25:14

Selon les traductions, on retrouve aussi l’idée du secret, du conseil intime, de la confidence de l’Éternel.

À qui sont-ils donnés ? À ceux qui le craignent, à ceux qui le reconnaissent comme Dieu, à ceux qui vivent en relation avec lui.

Encore une fois : relation, puis instruction.

Quand l’obéissance devient mécanique

Jésus n’innove donc pas. Il fait ce qu’il voit chez son Père. Il commence par la relation, l’identité, l’appartenance, puis il donne le commandement. Mais même le commandement qu’il donne n’est pas mécanique.

Il ne dit pas simplement :

“Aimez-vous les uns les autres.”

Il dit :

“Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.”

Et ce petit mot comme, change tout.

Parce que le commandement n’est pas ancré d’abord dans leur capacité à produire de l’amour. Il est ancré dans l’amour qu’ils ont déjà reçu. Ils sont aimés. Ils sont acceptés. Ils sont en relation avec lui. Maintenant, ils doivent vivre et manifester ce qu’ils ont reçu. Ce n’est pas une loi qu’ils essaient d’appliquer froidement de l’extérieur. C’est une identité qu’ils apprennent à vivre.

Et la nuance est énorme.

Lorsque Jésus leur dit : “Aimez-vous comme je vous ai aimés”, l’amour n’est pas abstrait pour eux. Jean nous a déjà dit :

“Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout.”
Jean 13:1

Ils ont vu cet amour.

Jésus les a enseignés, corrigés, repris, envoyés, soutenus. Il a pourvu pour eux. Il les a servis. Il s’est humilié devant eux. Il leur a lavé les pieds. Il leur a donné du temps. Il les a supportés dans leurs incompréhensions.

Et il leur dira encore :

“Je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous ai appelés amis.” Jean 15:15

Alors lorsqu’il leur dit : “Aimez-vous comme je vous ai aimés”, ils ont un référent.

L’amour n’est pas une idée. Il a un nom, un visage, une manière de vivre.Et ce visage, c’est Jésus.

Quand la morale prend la place de l’Évangile

Je crois que c’est là que beaucoup de chrétiens se compliquent la vie.

Nous avons tellement associé le christianisme à la morale qu’on finit parfois par penser qu’un “bon chrétien” est simplement quelqu’un qui se conduit bien.

Un chrétien ne fait pas ci. Un chrétien fait ça. Un chrétien doit faire ceci. Un chrétien ne doit surtout pas faire cela. Et à force, on peut finir par croire que notre bonne conduite nous donne des privilèges devant Dieu, qu’elle nous permet de gagner son approbation, de garder son amour ou de préserver notre place.

Comme si Jésus avait fait sa part et que maintenant il fallait absolument faire la nôtre pour conserver ce qu’il nous a donné.

C’est là que l’obéissance devient mécanique.On obéit pour être accepté. On obéit pour ne pas être rejeté. On obéit pour sécuriser quelque chose que l’Évangile dit pourtant nous avoir déjà été donné par grâce. Et après, on s’étonne que lorsque quelqu’un parle de sécurité du salut, les griffes sortent.

Parce que dans ce système-là, il faut forcément que quelque chose dépende encore de moi. Il faut que je fasse assez, que je tienne assez, que je sois assez. Sinon, comment Dieu pourrait-il continuer à m’aimer ?

Mais l’Évangile renverse cette logique.

Dieu appelle, aime, réconcilie, délivre, justifie, adopte et donne une identité. Ensuite, il montre comment vivre à partir de cette relation.

Je n’obéis pas pour produire mon identité. J’obéis parce que j’ai reçu une identité.

Je n’essaie pas d’appliquer une loi extérieure à moi comme si ma relation avec Dieu dépendait de ma capacité à réussir. Je manifeste dans ma vie ce que j’ai déjà reçu de lui.

Et ça, c’est totalement différent.

Regarde d’abord ce que tu as reçu

Regarde encore Jean 15. Le même Jésus qui dit :

“Aimez-vous les uns les autres”

dit quelques versets plus tôt :

“Sans moi, vous ne pouvez rien faire.” Jean 15:5

Tu vois la logique ?

Il ne te donne pas un commandement pour ensuite te laisser seul devant lui. Il te rappelle d’abord d’où vient ta vie, qui tu es, à qui tu appartiens et ce que tu as reçu.

Puis il te dit : maintenant, vis à partir de cela.

Alors regarde ce commandement de Dieu que tu essaies de pratiquer. Peut-être que tu le vis encore de manière mécanique : comme une règle à appliquer, une performance à produire, une preuve à donner à Dieu que tu mérites encore sa faveur.

Mais regarde mieux.

Demande-toi : qu’est-ce que ce commandement me rappelle de ce que Dieu a déjà fait pour moi ? Qu’est-ce qu’il me révèle de mon identité en lui ? Qu’est-ce que j’ai reçu que je suis maintenant appelée à manifester ?

Tu dois aimer ? Regarde comment tu as été aimé.

Tu dois pardonner ? Regarde comment tu as été pardonné.

Tu dois faire grâce ? Regarde la grâce qui t’a été faite.

Tu dois servir ? Regarde celui qui s’est agenouillé devant ses disciples.

Tu dois donner ? Regarde celui qui s’est donné lui-même.

Les commandements de Dieu ne sont pas des mécanismes froids destinés à fabriquer des gens moralement acceptables. Ils sont l’expression d’une vie reçue, d’une identité et d’une relation. 

Et peut-être qu’alors tu comprendras un peu mieux pourquoi Jean peut écrire :

“Car l’amour de Dieu consiste à garder ses commandements. Et ses commandements ne sont pas pénibles.” 1 Jean 5:3

Parce que Dieu ne me demande pas d’abord de devenir quelqu’un pour qu’il m’aime.

Il m’aime. Il me donne une identité. Et depuis cette identité, il m’apprend comment vivre.

I love you.

Enjoy Grace

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